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La 6ème !

Publié le par Alain Bourguignon

Lecteurs, ô beaux lecteurs.

Cette semaine, nous avons eu à bord du Polaris une nouvelle fournée d'Américains, comme prévu, toujours accompagnés par Samuel et Scott. Mais à notre grand désespoir à tous, contrairement aux précédents qui étaient adorables, ceux-ci était particulièrement... exaspérant. Exaspérants est le terme qui convient (même si on a trouvé tous les termes qui feraient l'affaire), et je m'en tiendrai à celui-là. Disons juste, pour ne pas être mauvaise langue gratuitement et publiquement, qu'ils ont parfois (souvent) mis ma patience à rude épreuve ! Mais elle a tenu bon, ha ha. Et étrangement, au contraire d'un vase qui se remplit goutte par goutte et finit par déborder, plus le séjour se déroulait, plus ma patience semblait s'assouplir, après bien sûr de nombreuses alertes de débordement et vidages de vase loin des passagers (enfin, pas à plus de 30 m, cependant). Et à la fin, même s'ils m'agacaient toujours un peu, ils ne me menaient plus à la crise de nerfs. Hallelujah !

L'idée (difficile), comme l'explique si bien Pema Chödrön, c'est plutôt que les considérer comme des emm##, de les envisager comme une les circonstances parfaites pour développer sa patience. Un des slogans du Tonglen est : "ne t'attends pas à des remerciements", et cette croisière était en effet particulièrement propice à la pratique de ce slogan ! Ha ha. Pema Chödrön dit aussi de, face à une difficulté, "faire quelque chose de différent". Différent de nos schémas de réponse classique. Quelque chose de surprenant, comme pour prendre de surprise nos mécanismes habituels. J'ai bien essayé cette petite astuce cette semaine, et je l'approuve ! Par exemple, quelqu'un t'agace, ou bien sa tête ne te revient pas : plutôt que de le snober ou lui parler froidement, tu prends de surprise le petit monsieur qui gromelle à l'intérieur de toi, et tu vas t'asseoir pour discuter avec la personne en question : si l'irritation n'est pas déjà solidifiée par des heures de rumination mentale, elle s'évanouit, et on se rend compte qu'on se prenait la tête tout seul pour pas grand chose, voire pour rien du tout. Voilà pour le sermon de la semaine ! Notons tout de même qu'il y en avait quand même quelques-uns de sympathiques... ;-) (la plupart d'entre eux même, mais... difficiles) N.B. : la semaine prochaine, je m'entrainerai au slogan "ne dis pas du mal d'autrui", ha ha.

Autrement, preuve que le karma ne fructifie pas directement, les passagers ont eu la chance de voir six ours et un ourson, dont cinq qu'ils ont approché de près. Pour ma part, je n'en ai vu qu'un depuis le zodiac, ou plutôt une, elle était en train de dévorer un phoque barbu quasi aussi gros qu'elle. Elle le traînait à la force de ses mâchoires pour ne pas que la marée l'emporte, elle était super impressionnante ! Elle allait se coucher de temps en temps, mais revenait chaque fois très vite sur sa carcasse, pour en engloutir un max avant que d'autres visiteurs se pointent : la pauvre en était toute haletante. Je lui ai dédié une galerie ! Sinon, nous avons vu des baleines bleues à nouveau, gigantesques, des bélougas, et aussi, le dernier jour, un petit renardeau, tout mignon tout plein, qui jouait autour de sa tanière, à essayer (avec succès !) d'attraper sa queue... adorable ! C'est marrant, génétiquement il doit être plus proche du chien, mais il a plutôt l'attitude du chat, je trouve. Et il a un regard pénétrant ! Je lui dédierai aussi une galerie, il le mérite. Du reste, on a eu pas mal de brouillard au Nord, ça donne une ambiance vraiment particulière. Voilà voilà, je ne me suis octroyé que trois sorties, mais je me suis bien rattrapé sur la sieste !

L'équipage est en pleine rotation. À l'escale précédente, Arthur est reparti avec Cristelle et Victor. C'est Benoît qui le remplace au poste de capitaine, c'est sa troisième saison à bord, et c'est d'ailleurs la quatrième saison du Polaris. Il était cette semaine avec sa copine, Camille, qui deux ans plus tôt était hôtesse remplaçante pendant deux mois. Et à cette escale, elle est répartie, et cette nuit repartiront aussi Hervé le cuisto et Baptiste le second, remplacés respectivement par Florian et Luc, qui connaissent déjà le Polaris. On les a accueilli hier soir au Kroa, un des pubs de Longyearbyen, avec quelques tournées de bière norvégienne. Et aujourd'hui, comme pour toutes les escales, c'était un marathon pour moi, nettoyage à fond de toutes les cabines, refaire les lits, passer la shampoïneuse sur la moquette... C'est ironique, c'est toujours ma journée la plus chargée, et c'est aussi régulièrement celle où j'ai une petite gueule de bois, et peu d'heures de sommeil... Autant vous dire que c'est pas facile facile - mais c'est le tarif, et c'est aussi un des charmes du poste ! ;-)

Une petite anecdote aussi, qui même si elle s'est déroulée il y a quelques jours, me fait toujours autant rire. En me réveillant de ma sieste, j'ai entendu qu'on mettait les zodiacs à l'eau, car l'échelle tappe juste contre la paroi de ma cabine. J'ai mis la tête à travers le hublot, chose que je ne fais pas souvent, et j'ai vu Hervé sur le zodiac. Je réfléchissais à la connerie que j'allais lui dire, quand soudain... il a perdu l'équilibre, et plouf !! À l'eau le cuisto ! Petit sprint pour aller jusqu'à l'échelle, mais il était déjà remonté, tout dégoulinant, et les lunettes en moins. J'ai eu du mal à calmer mon fou rire pendant l'heure suivante ! Je me félicite d'avoir assisté par hasard à cette scène !

Sur ce, gloire aux ours, et à bientôt !

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