Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Dire Oui à ce qui est ~ Chapitre I : Karma Ling

Publié le par Alain Bourguignon

Je voudrais vous parler au travers de ces deux nouveaux articles, de ma récente retraite méditative à Karma Ling (du 30/11 au 12/12), suivi de ma première expérience de lying au Rozet (du 12/12 au 19/12). Commençons, dans la joie et la bonne humeur, par l'étape Karma Ling !

N.B. : Préparez-vous à lire deux gros pavés, sans image, un poil personnel parfois mais relativement peu, et qui concernent une voie que l'on pourrait qualifier de "spirituelle" : ouhhhh ça fait peur, ha ça frime, ohh le bobo – quelle réaction éveille en vous ce mot "spiritualité" ? :-) Dans ces articles, il y aura ce qui ressemble à des sermons, une sorte de retranscription à ma sauce des enseignements que j'ai reçu à Karma Ling et au Rozet, en fonction de la compréhension que j'en ai. Je ne prétends donc pas certifier l'exactitude de ce que j'avance, ni-même avoir tout réalisé, même si j'y travaille. Voilà, qu'on se le dise ! :-)

Quelques petites précisions...

Tout d'abord, il me semble bon d'apporter quelques précisions en ce qui concerne le centre de Karma Ling, institut de tradition bouddhiste en Savoie ; histoire qu'on ne confonde pas tout !

Premièrement, que cela vous rassure, ça n'a rien d'une secte !

Deuxièmement, ce n'est pas non plus un monastère - bien que le site en lui-même fut autrefois un monastère dirigé par les Pères Chartreux. Les moines sont ceux qui suivent un certain nombre de vœux (abstinence, abstention de produits toxiques, etc.), et je crois n'en avoir rencontré qu'un seul à Karma Ling : à l'heure qu'il est, il est enfermé entre quatre murs avec quelques autres, pour une retraite intense et longue : la fameuse retraite de trois ans, trois mois et trois jours.

Pour tous les autres "bouddhistes" du centre, ils n'ont pas observé de vœux comme les moines : je reviendrai juste après sur la notion de "bouddhiste", mais on pourrait dire que sont "officiellement bouddhistes" ceux qui, lors d'une cérémonie, sont entrés en refuge dans les Trois Joyaux que sont le Bouddha, son enseignement (le Dharma) et la communauté des maîtres et pratiquants (le Sangha). Par entrée en refuge, on pourrait parler de placer sa plus profonde confiance, confiance en le fait que ces trois joyaux puissent nous apporter le Bonheur Ultime, la Liberté, l'Eveil que tout pratiquant recherche, et qu'on retire en contrepartie sa confiance en les refuges illusoires et superflus que peuvent être l'argent, le sexe, le pouvoir, la gloire etc. Mais il n'y a à proprement parler rien qui fasse de quelqu'un officiellement un "bouddhiste", du simple fait que ce mot est insignifiant en lui-même : personne n'est "bouddhiste", Bouddha n'était pas "bouddhiste", tout comme le Christ n'était pas "chrétien" ; il y a juste des gens qui, inspirés par la libération du Bouddha, suivent ses pas, suivent la Voie du Bouddha. Ainsi donc, est "bouddhiste" toute personne qui s'est engagée, intérieurement, sur le long et sinueux sentier qu'est cette Voie du Bouddha.

Ainsi, parmi les "bouddhistes" de Karma Ling, il y a notamment des Druplas, qui ont suivi la retraite de trois ans, et des Lamas, qui sont qualifiés aptes à transmettre les enseignements de la tradition bouddhiste.

Pour tout le reste, ce sont des gens lambda, comme vous et moi, de toute ou sans confession, des gens qui partagent toutes sortes d'idées, ou qui ne les partagent pas.

Mais assez parlé de ces petites précisions, passons à plus intéressant !

La retraite permanente

Je me suis donc octroyé un séjour de douze jours à Karma Ling, cette fois non pas pour y faire du bénévolat, mais pour y faire une retraite. J'ai suivi ce qu'on appelle la "retraite permanente", une retraite où l'on peut pratiquer la méditation de la pleine présence, la mindfulness (version laïque d'une pratique bouddhiste de base, Samatha-Vipassana), à tout moment de l'année : chaque semaine c'est un enseignant différent qui la guide. Le week-end, c'est une introduction à la pleine présence, où l'enseignant prend bien le temps de nous expliquer en quoi elle consiste et quelles sont les méthodes. Et en semaine, on développe, on se consacre à la mise en pratique de tout cela, les méditations sont beaucoup moins guidées, on est livré au silence, mais avec chaque jour une méthode différente que l'on expérimente et approfondit. Le lundi, c'est la pleine présence basée sur le corps et la respiration ; le mardi, sur toutes les perceptions sensorielles ; mercredi, c'est sur les pensées ; jeudi, sur les émotions ; et le vendredi, on finit par la pratique offrir & accueillir.

Accepter ce qui se présente

Pour ce séjour, avec le "lying" en perspective (que je décrirai dans le second article), j'ai mis l'accent sur le simple fait de m'entraîner à accueillir. Accueillir, accepter, dire oui, dire bienvenue. Dire oui à quoi ? A tout ce qui est, tout simplement, ici et maintenant, tout ce qui se présente à nous, extérieurement comme intérieurement. Pas seulement à ce qu'on aime, ce qui est agréable et qui nous plaît, mais aussi à ce qui nous laisse indifférent, et aussi à tous ce qui nous déplaît, nous dérange.

Prenons tout de suite un exemple concret, dans la méditation assise. Il n'est, pour l'instant, pas question ici de changer quoi que ce soit, commençons de façon simple - à moins bien sûr que quelqu'un entre, une kalach à la main, pendant la séance de méditation assise, et menace de tous nous descendre ; mais c'est chose peu courante à Karma Ling, réjouissons-nous. Pour l'instant, il n'y a aucun besoin d'agir, ou de réagir à une situation. Il y a juste à accueillir ce qui vient, ce qui est, tel que c'est, et de l'accepter. Qu'est-ce qui se présente ? Des sensations, des perceptions, des pensées, des émotions. Un oiseau se pose sur mon épaule ? OK, welcome l'oiseau, welcome la sensation des griffes sur mon épaule, le son de ses petits piaillement, la sensation de l'air brassé par ses ailes. Une pensée surgit : "je médite et les oiseaux n'ont plus peur de moi, ça c'est la classe !" Je la reconnais, welcome la pensée, je ne la juge pas, c'est une pensée, ça n'a pas de consistance. D'autres pensées arrivent, s'agitent, s'enchaînent, m'entraînent ici et là ? Welcome l'agitation mentale. L'oiseau me flanque un coup de bec dans le cou ? Ouch, welcome la surprise, welcome le petit coup de frayeur, welcome la douleur. Le pitit oiseau se retourne et lâche une vilaine fiente sur mon beau pull de méditation en provenance du Népal ? Welcome la fien... "Non ! Pas welcome ! Enfoirés de piaf, barre-toi !" Ouaouh... welcome le non-welcome, welcome la colère. Et ainsi de suite...

Dans ce petit jeu, il n'y a rien à réussir, et donc aucun échec possible. On s'entraîne à accepter ce qui est, mais naturellement, ça ne marche pas à tous les coups. Il y aura des "non". Mais ce n'est pas grave, parce qu'alors le non est ce qui est, et on a le droit d'accepter le non. On a le droit de ne pas accepter, et on a le droit d'accepter de ne pas accepter. L'important c'est d'être attentif, et d'être conscient des oui ou des non.

Ce qui est intéressant, dans cet entraînement de reconnaissance et d'acceptation de ce qui est, à fortiori dans la perspective de la découverte de soi et de travail sur soi, c'est de l'appliquer au monde de nos émotions. D'être attentif à elles, de les voir, de les accepter, de les voir changer, aller et venir. Ca paraît simple, mais en pratique ça ne l'est pas forcément. Si on pense être quelqu'un de calme et de tolérant, si c'est cette image qu'on laisse aux autres, alors on ne va pas accepter de se mettre en colère contre quelqu'un ou quelque chose. "Non, je ne suis pas en colère !" On va essayer de se calmer, de faire comme si on était relax, parce que "il ne faut pas être en colère", "je n'ai pas le droit d'être en colère". Alors on cache la colère, on la met sous le tapis, on la renie. Non, pas la colère. Pourtant ça ne change rien, on s'épuise pour rien : car que je le veuille ou non, le fait est que je suis en colère ! Et tout le monde sait que quand on refoule quelque chose, elle ne finira que par refaire surface, tôt ou tard, avec plus de puissance. Et quand on refoule une émotion, en fin de compte, on ne fait souvent que rajouter une autre émotion par-dessus.

Bien sûr, me direz-vous, la donne change quand dans telle ou telle situation, il nous faut aussi agir. Comme par exemple dans le cas d'une injustice. L'acceptation ne veut pas dire renoncer à réparer l'injustice : bien sûr qu'il faudra agir. Mais avant cela, il faut accepter la situation telle qu'elle est, dans tous ses paramètres, y compris les réactions émotionnelles que ladite situation éveille en nous. Si on a une tasse bleue mais que c'est une tasse rouge qu'on voulait, il faut d'abord accepter que notre tasse soit bleue. En acceptant la situation telle qu'elle est, on acquiert une vision d'ensemble, un certain recul, qui va nous permettre d'agir de façon juste dans cette situation, et non plus de réagir, par impulsivité. Acceptation n'est donc pas synonyme de résignation. Il y a plusieurs degrés d'acceptation, qui vont jusqu'à l'acceptation totale et complète, et on pourrait dire que la résignation en est le degré le plus médiocre, une acceptation incomplète : la tête capitule, dit "ok", mais tout le coeur hurle "non !".

Devenons Yes-Man !

Ainsi s'achève mon premier sermon :-) . Quand on est dans une recherche d'un Idéal, du Bonheur, de la Liberté, de l'Eveil, dans une quête spirituelle - peu importe les termes que l'on emploie -, on se rend compte que tout cela est déjà en nous, au fond ; mais que le seul obstacle qui nous en sépare, ce n'est autre que nous-même. Quand on veut changer, évoluer positivement, on se rend compte que le premier pas à faire, c'est de nous accepter exactement tel que l'on est. Parce qu'on ne peut changer quelque chose que l'on refuse. Devenons Yes-Man !

La suite dans le prochain article, sur ce fameux "lying"...

Tchouss !

Commenter cet article